2. L'invention poétique
Il écrivit sa première pièce en vers, un sonnet à Dieu, en mai 1848, dans sa treizième année : sa dernière poésie est datée du 10 novembre 1902. Compte tenu de cette durée, la masse de sa production poétique n'est pas colossale ; elle tient dans les quatre premiers volumes de l'édition nationale de ses œuvres, qui en compte trente. L'essentiel en fut regroupé par Carducci lui-même en six séries : Juvenilia (1850-1860), Levia Gravia (1861-1871), Iambes et Épodes (1867-1879), Rimes nouvelles (1861-1887), Odes barbares (1877-1889), Rimes et Rythmes (1887-1899).
Souvent autobiographique, mais non « montreur », Carducci s'intéresse plus à l'homme public qu'il veut être qu'à son histoire intime. À peine l'entrevoit-on çà et là épris, ou tenté par l'amour, affligé par la mort d'un jeune fils, ressaisi à l'âge mûr par les souvenirs de son enfance. Les occasions de son lyrisme sont volontiers empruntées aux événements historiques, aux commémorations, aux anniversaires ; ce qui a conduit certains à prétendre, un peu vite, qu'admirateur de Métastase il était resté à divers égards un nostalgique de l'« Arcadia ». Car il est rare que l'occasion demeure pour lui un prétexte initial. Elle dicte au poème son ton, sa structure, fait naître parfois tout un colloque avec les lieux et les hommes. Ainsi dans la célèbre ode « barbare (ce terme désignant une versification non rimée fondée sur la métrique grecque et latine) Aux sources du Clitumne, Carducci n'est pas seulement un homme de l'Italie nouvelle cherchant une tradition nationale interrompue au bord d'une source qui fut jadis vénérée. Il dialogue sa quête à chaque démarche, invoquant la rivière, saluant l'Ombrie, invectivant contre le « romantique » saule pleureur, appelant l'yeuse et le cyprès, revenant au fleuve pour l'interroger, montrant le dieu « indigète » qui mobilisait les énergies romaines contre Annibal, s'adressant enfin à l'Italie, « la mère Italie ».
Les occasions le plus souvent saisies par l'invention poétique de Carducci […]
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