3. Le « paese » avec figures
Ces dernières œuvres appartiennent peut-être déjà à la phase culminante des prémices de l'art giorgionesque que marque la célèbre Madone de Castelfranco, peinte, en toute vraisemblance, en 1504, pour la chapelle commémorative de Matteo Costanzo, mort cette même année. Cette vaste composition inclut pour la première fois un paysage de « plein air » qui répand sa clarté jusqu'au premier plan et réunit en un accord structure de l'espace et intensité chromatique. De la même époque date probablement la Judith de Saint-Pétersbourg ; cette œuvre inaugure le canon classique de beauté, inspiré à Giorgione par sa culture humaniste et la fréquentation de collections d'antiques, telles que celle des Grimani à Venise. Le coloris de Giorgione se détache alors des emprises du graphisme bellinesque ; le peintre réalise avec bonheur l'union de la couleur et de la lumière. On peut assurément le comparer aux plus récentes réussites coloristes de Carpaccio qui venait d'achever son chef-d'œuvre des Esclavons à Venise.
Le cheminement de Giorgione vers l'intégration des données naturalistes culmine ensuite avec La Tempête de la galerie de l'Académie. Les figures de la prétendue « bohémienne » et du « soldat » témoignent d'une vision pathétique du réel et rendent compte d'une philosophie de la vie et de la nature ; même si leur sens allégorique est obscur, ces éléments annoncent clairement le ton arcadien de la poésie giorgionesque. On peut sûrement dater La Tempête entre 1506 et 1508. On trouve la première de ces dates au dos de la Laura de Vienne qui est probablement une figuration allégorique des allégresses nuptiales. Giorgione rappelle dans l'intensité chromatique de cette composition la qualité des œuvres flamandes dont les portraits de Memling des collections vénitiennes lui proposaient le modèle. Quant à 1508, c'est la date des fresques du Fondaco dei Tedeschi. Giorgione avait reçu la commission d'orner la façade sur le Grand Canal, et Titien celle de peindre le mur de c […]
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