2. De la mise en scène comme « essai critique »
Strehler s'est expliqué sur cette pratique qui consiste à revenir sur un travail précédent en déclarant : « Parce qu'insatisfait de mon travail, pour voir si je saurai faire mieux, parce qu'on m'a demandé de reprendre le spectacle et que je ne saurais en proposer qu'une copie, ou encore pour que les jeunes générations ne lisent pas seulement l'histoire du théâtre mais la voient. » Strehler définit son approche de la mise en scène comme un « essai critique » sur une pièce, réalisé avec des moyens scéniques. « Critique » implique, outre un éclairage nouveau sur un texte, de faire jouer un rapport entre une œuvre et le présent de sa représentation. C'est dans ce sens qu'il propose un travail sur Le Roi Lear de Shakespeare (1972) et une nouvelle approche de La Tempête (1978) qui, avec une relecture de La Cerisaie de Tchekhov (1974), constitue l'exemple le plus signifiant d'une écriture scénique investie dans une recherche de la clarté, de la simplicité, de l'harmonie. Ces spectacles sont aussi le point d'aboutissement d'une esthétique du dépouillement et d'un goût pour la scène presque vide, blanche, lumineuse, qui va dans le sens d'une transparence « spécifiquement théâtrale ».
C'est sans doute la conscience d'être parvenu au point extrême de sa pratique qui pousse Strehler, à la fin des années 1970, à surmonter sa méfiance face à l'avant-garde des années 1950 et son peu de goût pour le théâtre de l'incommunicabilité. Il va alors interroger certains textes comme Le Balcon de Genet (1976), dont il veut vérifier le fonctionnement dans la société contemporaine, alors que Genet n'est plus scandaleux, puis Acte sans paroles et Oh les beaux jours de Beckett (1981), dans lesquels il ne s'attarde pas, comme le remarque Odette Aslan, sur la désolation d'une fin du monde ou d'une vie, mais exalte au contraire les forces de l'homme qui, même sous la menace de l'Apocalypse ou de sa propre mort, lutte jusqu'au bout. Il affirmera d'ailleurs : « Mê […]
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