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GILLES, livre de Pierre Drieu la Rochelle

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2.  L'autobiographie et la haine de soi

Tel est le destin d'un personnage dans lequel Drieu a mis tout lui-même, mais de manière si péjorative que le sosie devient caricature. Certes, l'auteur a toujours pratiqué la détestation de soi, jusqu'à en faire un genre littéraire à part entière. Mais, avec cette figure de séducteur cynique et cinglant, il atteint une manière d'apogée. « Ayant à démasquer et à dénoncer, je pensais qu'il était juste que je commençasse par moi-même », écrit Drieu, précisant qu'il avait voulu écrire un livre intitulé Pamphlet contre moi et mes amis. À l'autodénigrement s'ajoute en effet le règlement de comptes. Dans chaque personnage du roman transparaît la silhouette déformée de ceux qui ont compté dans la vie de Drieu et avec lesquels il a rompu : dans Galant, il y a Aragon ; dans Clérences, Gaston Bergery ; dans Caël, André Breton ; et dans Révolte, Dada et les surréalistes. Ces clés ne doivent pas conduire à voir dans des êtres de papier le décalque du réel, mais elles expliquent au moins la charge émotive, faite de hargne et presque de haine, qui marque tout le roman : hargne à l'égard de milieux intellectuels frelatés qui ont hâté la décadence de la France, hargne à l'égard d'hommes politiques veules ou démagogues qui conduisent Gilles et Drieu à s'engager dans l'aventure du fascisme, où il voit une promesse de régénération et de révolution sociale : « Pour nous qui sommes revenus, sinon flambants de la guerre, du moins liés à jamais à une idée émouvante de la vie forte, il ne s'est rien passé... Sentant notre immédiate défaite, nous nous sommes jetés dans la saoulerie, la loufoquerie et toutes sortes de petits jeux. Mais la bassesse a fini par atteindre la limite du possible. Cette affaire Stavisky a révélé aux gens soudain la prodigieuse infamie de leur cœur. »

Gilles n'est toutefois pas une simple diatribe, ni un essai, pas plus qu'une autobiographie. « Mes romans sont des romans » affirmait Drieu. Et c'est bien dans cette perspective qu'il convient d'appréhender une œuvre qui, par ses références, ses allusions, ses polémiques, tient une place particulière dans la littérature française d'avant-guerre. Quand Aragon écrira Aurélien, c'est à Gilles et à Drieu qu'il pensera. Mais un Drieu rédimé, capable d'amour platonique et combattant l'envahisseur allemand ; Cyrille Galant prenait sa revanche.

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« GILLES, Pierre Drieu la Rochelle » est également traité dans :

DRIEU LA ROCHELLE PIERRE (1893-1945)

Écrit par :  Dominique FERNANDEZ

Dans le chapitre "Drieu et les femmes"  : …  il ne prêtait à ses héros que les traits les moins fameux, les plus déplaisants de lui-même. *Cette remarque vaut particulièrement pour Gilles (1939), le grand roman autobiographique où Drieu a raconté, avec le minimum de transposition, plusieurs de ses aventures féminines. Gilles, amateur de prostituées comme tous les hommes marqués… Lire la suite

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