Élu en 1986 au Collège de France pour une chaire d'épistémologie comparative, Gilles Gaston Granger y poursuivra une recherche commencée en 1955 sur la Méthodologie économique. Science de l'homme historiquement première, l'économie imposait son modèle par le double privilège d'une mathématisation réussie et d'une pratique officialisée. L'après-guerre encourageait alors la création d'institutions publiques, qu'elles aient été de diagnostic, d'intervention ou de comptabilité nationale. La thèse avait relevé quelques singularités épistémologiques dont il importait de sonder l'éventuelle généralisation. Son analyse méthodologique soulignait particulièrement l'articulation obligée des structures mathématiques avec une conceptualisation, à la fois guidée et bridée par le contexte, et une visée pratique bousculant les limites des précédentes. G. G. Granger y poursuivait l'analyse technique des systèmes jusqu'au point où, sous l'effet de ces trois conditions, l'objet économique se trouvait simultanément construit comme tel et substrat théorique d'une action. D'où les traits sur lesquels insiste ce premier livre : que l'objectivation du phénomène économique requiert dorénavant une macroéconomie ; que celle-ci appelle une mathématique dégrevée de quelques hypothèses adventices et imposées par l'usage, telle la primauté de la mesure ; qu'elle intériorise une visée pratique elle-même objectivée par cette double médiation. Ainsi l'économique de Marx, bien que modelée par la théorie microéconomique de l'entreprise, se présentait déjà comme une macroéconomie concrète, dont les supports sont les classes. Ainsi Keynes avait-il introduit des grandeurs globales comme concepts fondamentaux, tandis que la structure même de la théorie se trouvait affectée par le choix du niveau de l'emploi comme variable essentielle.
1. Une épistémologie des sciences de l'homme
De tels traits seraient-ils généralisables qu'ils permettraient peut-être d'actualiser cette mathématique sociale, ce projet du marquis de Con […]
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