Journaliste, essayiste, critique littéraire et critique d'art, poète, romancier, auteur dramatique, G. K. Chesterton a pratiqué tous les genres avec un bonheur presque égal. En outre, dessinateur au trait souvent caricatural, il illustre ses œuvres et celles de ses amis. L'écrivain excelle à traduire les visions colorées de l'artiste, il communique aux notions les plus abstraites une vie intense et il parvient ainsi à capter l'attention du lecteur qu'il retient par un feu roulant de paradoxes : méthode de choc, arme précieuse et efficace entre les mains d'un auteur aux fortes convictions qui entend exprimer avec une égale vigueur ses haines et ses admirations. Haine de ce qui est flou et imprécis, dans la pensée surtout mais aussi en art, d'où ses attaques virulentes contre l'impressionnisme dans une de ses premières œuvres, Heretics (1905), où il dénonce également le caractère morbide de la littérature fin de siècle et le danger des utopies socialistes de H. G. Wells, tournées vers l'avenir, donc vagues. Il ne se sent pleinement heureux que dans un univers à trois dimensions où le relief et les ombres portées témoignent du volume et de la consistance de ce qui existe. […]
