Les artistes britanniques Gilbert & George forment assurément le couple le plus emblématique de la scène artistique contemporaine internationale. En se définissant, dès la fin des années 1960, comme « sculptures vivantes », ils situaient d'emblée leur démarche sous le signe d'une réconciliation de l'art et de la vie. Après avoir réalisé de nombreuses performances, la photographie va devenir pour eux le moyen d'expression privilégié. Mais ce média est utilisé moins pour ses spécificités formelles que pour ses potentialités imaginaires liées à la culture populaire. Gilbert & George revendiquent l'idée d'un « art pour tous » (art for all). Leurs œuvres, d'abord inspirées par leur situation personnelle, abordent, sans exclusive et sans tabou, tous les sujets de civilisation, que ceux-ci soient sociaux, politiques, moraux, religieux, sexuels... La monumentalité de leurs compositions inscrit leurs préoccupations dans un registre original, aux confins de l'univers publicitaire et des dispositifs de la propagande politique ou religieuse.
1. Sculptures vivantes
Gilbert et George (Gilbert Proesch est né dans les Dolomites, Italie, en 1943 et George Passmore dans le Devon, Grande-Bretagne, en 1942) se sont rencontrés en 1967 à Londres, à la St. Martin's School of Art où ils suivent l'enseignement du sculpteur Anthony Caro et où ils ont comme camarades de promotion Hamish Fulton, Barry Flanagan et Bruce McLean. Issus tous deux de la petite bourgeoisie provinciale, ils ont, chacun de son côté, suivi des études artistiques (Gilbert à la Kunstakademie de Munich, George à l'Oxford School of Art).
Leur activité commune, qui débute dès la fin de leurs études en 1968, se place dans le champ de la sculpture, mais de façon éminemment polémique. « En ce temps-là, remarquent-ils, nous étions complètement submergés par „l'art abstrait“. Pendant cette période le seul travail considéré comme valable était celui qui prenait en compte les matériaux et les aspects formels de l'art. Nous considérions tout […]
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