L'influence de Leopardi, que les Italiens tiennent à juste titre pour leur plus grand poète après Dante, fut médiocre pendant le xixe siècle, d'abord à cause de l'éclosion des nouveautés romantiques, ensuite lorsque s'affirmèrent des poètes aussi différents de lui que Carducci, D'Annunzio et Pascoli. Il faut attendre la fin de la Première Guerre mondiale pour que Leopardi devienne un levain actif de la poésie nouvelle. On peut dire la même chose de sa pensée ; avec le déclin du néo-idéalisme, et dans une époque de crise et de bouleversements, elle acquiert enfin son actualité ; sa richesse prismatique de motifs et de points de vue se prête, chez quelques jeunes critiques et philosophes, à une façon de symbiose avec les courants nouveaux, du marxisme à l'existentialisme. Par sa poésie essentielle et décharnée, son pessimisme héroïque, Leopardi devient un inspirateur et comme un modèle de mieux en mieux adapté à l'actif désespoir des modernes.
Giacomo Leopardi naît à Recanati, petite ville perdue dans les Marches (qui faisaient alors partie des États de l'Église). Il se forme dans un milieu de petite nob […]
