2. Des « Mémoires » au destin mouvementé
À la fin de sa vie, lorsque la carrière amoureuse lui est désormais interdite, Casanova invente une reconversion littéraire qui l'aide à combattre un mortel ennui. C'est une des raisons pour lesquelles on l'a comparé à Stendhal, écrivant ses plus belles pages pendant l'exil à Civitavecchia. Il dit à propos de la rédaction des Mémoires : « En écrivant dix à douze heures par jour, j'ai empêché le noir chagrin de dévorer ma pauvre existence ou de me faire perdre la raison. » Vers 1785, il s'était installé au château de Dux en Bohême, chez le comte Waldstein, neveu du prince de Ligne et seigneur franc-maçon, en qualité de bibliothécaire ; il y vécut jusqu'à sa mort.
Les Mémoires sont rédigés en français, non sans italianismes et barbarismes divers. Casanova leur avait donné successivement deux titres : Histoire de ma vie jusqu'en 1797, et Mémoires de Jean-Jacques Casanova de Seingalt, contenant ses voyages et ses aventures galantes et politiques en Italie, en France, en Espagne, en Angleterre, en Russie, en Pologne et en Allemagne.
Le manuscrit fut acheté en 1820 par un éditeur de Leipzig, Brockhaus, qui n'en fit publier que des versions édulcorées. En 1963, Claude Roy écrivait encore à propos de Casanova : « Vivant, il fut captif sous les plombs de Venise. Mort il est prisonnier de l'acier des coffres-forts allemands. » Mais, depuis 1960, la maison Brockhaus a permis l'accès au manuscrit, multipliant les éditions et les études casanoviennes. Néanmoins, les jugements sur l'homme et l'œuvre restent difficiles et contradictoires. Tandis que Marco Ramperti le « réhabilite » pour avoir dit « j'ai vécu en philosophe et je meurs en chrétien », Claude Roy lui reproche son « absence d'inquiétude », son opportunisme ou ses opinions réactionnaires, notamment à l'égard de la Révolution française, qu'il détestait.
Le cinéma a largement contribué à la diffusion du mythe de Casanova. Citons notamment Casanova d'Alexandre Volkoff (1927), Casanova, un adolescent à Venise, de Luigi Comencini (1969), Casanova de Federico Fellini (1976).
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