3. Éléments biographiques
Écrire la biographie de Scelsi s'avère une tâche redoutable, voire utopique : l'homme était secret, refusait photographies (une image demeure, en guise de signature : un cercle et un trait au-dessus du nom) et entretiens, n'aimait pas que l'on parle de lui, et ne livrait que des bribes de renseignements, dans l'horreur absolue des dates et de la chronologie (celle même de ses compositions doit, selon sa volonté, demeurer conjecturale).
Giacinto Scelsi, comte d'Ayala Valva, naît à La Spezia le 8 janvier 1905, dans une vieille famille aristocratique de l'Italie du Sud ; par sa mère, il est d'ascendance espagnole. Il passe son enfance dans un château des confins de la Campanie et de la Basilicate, bénéficiant, selon ses dires, d'une éducation « médiévale » (latin, échecs, escrime...). Tout enfant, il demeure de longues heures au piano, s'immergeant dans le son, s'enivrant de résonances. Ni ses études traditionnelles au conservatoire de Rome ni son séjour à Vienne auprès d'un disciple de Schönberg, Walter Klein, ne le satisfont ; des études à Genève avec un élève de Scriabine, Egon Koehler, lui conviennent davantage.
S'il est le premier Italien, dès 1936, bien avant Dallapiccola – à qui l'on attribue généralement cette priorité –, à utiliser la dodécaphonie, il s'en écarte assez rapidement, convaincu que le sérialisme est une impasse (avant que l'avant-garde européenne de l'après-guerre ne s'y engage). La pratique sérielle est si contraire à sa nature profonde qu’il s'en « guérit » par une musicothérapie toute personnelle : jouer longuement la même note au piano, se pénétrer de ses résonances secrètes, entrer véritablement à l'intérieur du son, en renouant ainsi avec les hantises de sa petite enfance. Scriabine, l'harmoniste novateur, le fascine autant que le théosophe, bien qu'il se sente personnellement plus proche de l'anthroposophie de Rudolf Steiner. Trois séjours aux Indes sont essentiels pour son développement spirituel, et il demeurera, jusqu […]
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