3. Dialogue avec l'abstraction
En 1949, le père Couturier commande à Germaine Richier un Christ pour l'église d'Assy. L'artiste réalise alors une œuvre où tout détail anatomique est délaissé pour donner à voir un corps à peine déterminé, dont les bras démesurés semblent s'ouvrir sur le monde et se confondent avec la barre horizontale de la croix. L'œuvre, dont André Malraux disait : « ...il est le seul Christ moderne devant lequel quiconque peut prier », déclenche la colère des intégristes. Retiré du maître autel par l'évêque d'Annecy il ne sera remis en place qu'en 1969, dix ans après la mort du sculpteur.
À côté de ces grandes figures isolées, à la facture viscérale, Germaine Richier, dans le souci constant de se renouveler, place de longues silhouettes de bronze devant des fonds abstraits réalisés par Vieira da Silva, Hartung ou Zao Wou-ki. Ainsi s'instaure un curieux dialogue entre l'abstraction dominante de l'époque et l'œuvre d'une artiste qui l'a toujours volontairement rejetée. Séduite par l'utilisation de la couleur, elle réalise une série de grands plâtres peints et applique des verres colorés sur des petits bronzes dorés qu'elle fond elle-même, conférant ainsi un certain dynamisme à ces objets de vitrine au raffinement baroque. L'Échiquier, grand, qui date de l959 (Musée national d'art moderne, Centre Georges-Pompidou, Paris) et dont le plâtre est conservé à la Tate Gallery, à Londres, est la dernière des œuvres majeures de l'artiste. Composée des cinq personnages du jeu d'échec : roi, reine, fou, cavalier et tour, on y retrouve cette esthétique fantastique unique où se mêlent formes animales et formes humaines.
Avant sa mort, survenue en 1959, l'œuvre de Germaine Richier a été largement exposée en France : rétrospective au Musée d'art moderne, à Paris en l956, et au château Grimaldi à Antibes. À l'étranger, c'est la Martha Jackson Gallery de New York qui lui consacre une exposition personnelle. L'artiste expose, par ailleurs, à la Kunsthalle de Berne, au Walker Art Center de Minneapolis et à la Documenta de Cassel en 1958. De plus, elle eut une influence déterminante sur certains sculpteurs anglais et français, dont César... Dès lors, on peut se demander pourquoi aucune grande rétrospective n'a été consacrée depuis sa mort à l' artiste, qui dit de ses sculptures : « Leurs formes déchiquetées ont toutes été conçues pleines et complètes. C'est ensuite que je les ai creusées, déchirées, pour qu'elles soient variées de tous les côtés et qu'elles aient un aspect vivant et changeant. »
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