2. Des créatures symboliques
Lorsqu'elle rentre à Paris, après la guerre, l'artiste connaît un véritable succès avec ses figures animalières. Lors de son exposition à la galerie Maeght en 1948, les textes du catalogue sont signés Francis Ponge, Georges Limbour et René de Solier, qu'elle devait épouser quelques années plus tard. Par ailleurs, elle est présente à la XXIVe et XXVe biennales de Venise. Dès cette époque, Germaine Richier se tourne vers la représentation symbolique des éléments. La première de ces grandes figures est L'Orage, suivie de peu par L'Ouragane (1947-1949, toutes deux au Musée national d'art moderne, Centre Georges-Pompidou, Paris). Il ne s'agit plus là d'anatomies logiquement agencées, mais d'une facture viscérale, qui ne laisse subsister de la figure qu'une sorte de faciès en forme de masque, quant elle ne l'occulte pas complètement comme dans l'impressionnante Tauromachie (l953, Fondation Peggy Guggenheim, Venise), dont l'abdomen semble sur le point d'éclater et de livrer ses tripes. Pour La Montagne, achevée en 1956 (Musée national d'art moderne, Centre Georges-Pompidou, Paris), elle part de l'étude du dos de Narbonne, qui fut aussi le modèle de Rodin, pour livrer une œuvre à la surface oblitérée de stigmates, où souches d'arbre, pierres, amas d'os et de chair humaine se mêlent inextricablement. Les grandes figures de Germaine Richier avancent vers le spectateur sur une mince dalle, semblables aux personnages d'une dramaturgie infernale qui semble faire référence tout autant à la tragédie des désastres de la guerre qu'aux délires troubles de l'inconscient. « Elles sont, dit l'artiste, les créatures fantastiques d'un âge que nous sommes incapables de reconnaître, mais qui est le nôtre puisque le monde des formes survient incessamment pendant notre recherche et notre observation. »
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