2. Vers un cinéma intégral
À partir de 1925, la réalisatrice donne des conférences, participe activement au développement des ciné-clubs propices à diffuser la pensée par le film. En 1927, elle fonde le journal Schémas, qui n'aura qu'un seul numéro, où elle défend ses théories d'un « cinéma pur » ou « intégral » : « Lignes, surfaces, volumes évoluant directement, sans artifice d'évocation, dans la logique de leurs formes, dépouillées de tout sens trop humain pour mieux s'élever vers l'abstraction et donner plus d'espace aux sensations et aux rêves : LE CINÉMA INTÉGRAL. »
La rupture avec la narration commencée avec La Coquille et le clergyman et L'Invitation au voyage se poursuivra, deux ans plus tard, avec une série de trois courts-métrages abstraits : Disque 957, Étude cinématographique pour une arabesque et Thème et variations.
Fondé sur des correspondances psychologiques et plastiques débarrassées de tout récit, L'Invitation au voyage, inspiré du poème homonyme de Baudelaire, apparaît comme une variation fluide et purement visuelle sur les pensées encore inexprimées des héroïnes bovaryennes de ses précédents films. Une femme déçue par les absences de son mari se rend dans un cabaret où elle écoute les récits d'un officier. Là, elle trame une suite de rêveries autour d'une possible liaison avec cet homme.
La cinéaste applique le même traitement au scénario d'Antonin Artaud, La Coquille et le clergyman. Elle traduit plastiquement, selon une méthode rigoureuse, les états d'âme d'un jeune ecclésiastique, amoureux d'une femme mûre entretenue par un vieux militaire qui la domine. En choisissant un acteur fade pour interpréter le rôle-titre, Dulac infantilise les fantasmes œdipiens du poète.
Les divers courants de l'avant-garde des années 1920 divergent quant à la place à accorder au cinéma. Pour les surréalistes, le cinéma n'est pas un art, mais simplement un adjuvant au rêve. Il ne peut donc y avoir de cinéma pur ou intégral puisque, pour eux, il est impur de nature. Comme le […]
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