Philosophe au style éclatant, Gérard Granel a fait une carrière universitaire classique qui ne correspond qu'à une facette de sa forte personnalité. Traducteur, il fut aussi éditeur, polémiste, penseur d'avant-garde faisant converger de manière originale la phénoménologie heideggérienne avec le néo-marxisme de Gramsci.
Né à Paris dans un milieu de la bourgeoisie aisée, il couronne de solides études classiques en entrant premier à l'École normale supérieure en 1949. Ses maîtres en philosophie sont alors Michel Alexandre, Jean Hyppolite, Maurice Merleau-Ponty, qui l'initie à la phénoménologie husserlienne, et Jean Beaufret qui lui fait découvrir la pensée de Heidegger. Agrégé à vingt-trois ans, il enseigne au lycée de Pau, puis à l'université de Bordeaux. Mais c'est à Toulouse qu'il effectue le reste de sa carrière professorale, constituant autour de lui une véritable « école ».
Ses thèses sur Husserl et sur Kant n'ont presque rien de commun avec les études traditionnelles d'histoire de la philosophie. Sa méthode consiste à concentrer l'attention sur quelques textes capitaux, stratégiquement sélectionnés en fonction d'interprétations librement inspirées de Heidegger. C'est ainsi que s'opèrent des lectures critiques et originales : Husserl excelle sur le terrain de prédilection de la phénoménologie, la perception, mais dans les limites de la philosophie moderne de la subjectivité ; la géniale « équivoque » de Kant consiste à mettre radicalement en question la possibilité de l'expérience tout en « exaspérant » les « impossibilités du langage de la représentation ».
Par la suite, Gérard Granel saura combiner avec maestria l'art de la digression brillante avec une précision minutieuse, en abordant des penseurs aussi divers que Hume, Saussure, Desanti, Lacan. Après avoir été un des « découvreurs » de Jacques Derrida, il n'hésite pas à ébaucher les contours d'une nouvelle tâche « épistémo-logique », à travers une méditation où Frege et Wittgenstein entrent de manière inattendue en dialogue avec Heidegger.
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