2. Penser avec son corps
Chaque fois renouvelés, ses rôles dessinent un personnage marqué par la puissance corporelle de l'acteur et par une énergie qui le pousse aux extrêmes, mais aussi par la faiblesse et l'angoisse. Claude Régy définit fort bien l'homme inséparable de l'acteur : « Avec Depardieu, ce qui est complètement donné, c'est qu'il y a là un être vivant. [...] C'est quelqu'un qui ne pense pas, c'est quelqu'un qui fait. Non pas qu'il ne soit pas intelligent, il l'est remarquablement, il l'est avec son corps et réunir à ce point ce qu'on croit être du corps et ce qu'on croit être de l'esprit dans une seule action en mouvement, dans une seule existence instantanée, cela représente des siècles de méditation. »
Souvent solitaire, comme dans les films de Marco Ferreri (La Dernière Femme, 1976 ; Rêve de singe, 1978) ou enfermé dans un contexte social précis (Mon Oncle d'Amérique, Alain Resnais, 1980), dont il tente de faire éclater les limites par des accès de violence, il peut aussi faire montre d'un refus du monde qui l'entraîne dans une attitude paranoïaque autodestructrice, comme les héros tragiques de Dites-lui que je l'aime (Claude Miller, 1977) ou de La Femme d'à côté (François Truffaut, 1981). Cette fêlure interne se manifeste à travers des héros qui conduisent une double vie (Maîtresse, Barbet Schroeder, 1976), ou bien qui ont une fausse identité (Le Retour de Martin Guerre, Daniel Vigne, 1982), quand ils ne sont pas carrément dédoublés (Barocco, André Téchiné, 1976 ; Hélas pour moi, Jean-Luc Godard, 1993).
Outre Marguerite Duras (Nathalie Granger, 1972 ; La Femme du Gange, 1974 ; Baxter, Véra Baxter, 1977 ; Le Camion, 1977) et Bertrand Blier, (Préparez vos mouchoirs, 1978 ; Buffet froid, 1979 ; Tenue de soirée, 1986 ; Trop belle pour toi, 1989 ; Merci la vie, 1991 ; Les Acteurs, 2000 et Combien tu m'aimes ?, 2005), la grande rencontre cinématographique de Gérard Depardieu a lieu avec Maurice Pialat. « Entre toi et moi, écrit-il au cinéaste dans une de ses Lettres volées, c'est à la vie, à la mort. Nous sommes comme deux chefs de bande obligés de partager le même terrain vague. [...] Tu es un t […]
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