3. La poursuite des chimères
Le mariage de Jenny Colon ne paraît pas avoir entraîné de bouleversement dans l'existence de Nerval : il demeure un bohème des lettres, tantôt dissipé, tantôt pressé par la nécessité d'assurer sa vie quotidienne ; il y parvient, plutôt mal, en écrivant pour des journaux, pour des libraires, pour des directeurs de théâtre. Un long travail intérieur, cependant, commence à s'accomplir en lui. Éloignée de son horizon terrestre, Jenny reste dans son souvenir, avec Sophie, comme une incarnation fragile de l'Éternel Féminin dont il poursuit la quête. Cependant, il se passionne pour les sciences occultes, s'initie au pythagorisme, à l'alchimie, médite sur le pouvoir des nombres ou sur les harmonies des couleurs, entretient en lui une fièvre de connaissance parfois délirante.
Après la mort de la comédienne, survenue en 1842, un voyage en Orient (1843) nourrit sa recherche exaltée. Aux nostalgies sentimentales et aux curiosités intellectuelles se mêlent des aspirations religieuses. En passant au large des côtes grecques, il évoque l'aventure de Francesco Colonna, devenu moine à la suite d'un désespoir d'amour, et qui, la nuit, « rejoignait en esprit la douce Polia aux saintes demeures de Cythérée ». Au pied des Pyramides, il pense aux joies de l'initié, admis après mainte épreuve à contempler la Déesse universelle, à la fois mère et amante, d'abord sous les traits évanescents de la femme aimée, puis sous l'aspect d'une Vierge éternelle. Au Liban, il s'intéresse à la religion des Druses et s'enflamme pour la fille d'un cheik. Dans toutes les mythologies, il découvre des symboles semblables : la Vénus païenne, l'Isis égyptienne, la Vierge chrétienne se confondent dans son imagination, comme se confondent dans son souvenir les créatures humaines qu'il a aimées.
Désormais, Nerval se voue délibérément aux recherches ésotériques. Il compose des monographies sur les « illuminés », ses frères, qui ont cherché, comme lui, en marge des dogmes, une Vérité et une Beauté idéales. Il collabore à des revues oc […]
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