2. Bohème littéraire et bohème galante
C'est à Saint-Germain, semble-t-il, qu'il parachève une de ses premières entreprises littéraires, la traduction du premier Faust de Goethe. Mais c'est à Paris que s'oriente, décidément, sa vocation d'écrivain. Avec Théophile Gautier, son condisciple de Charlemagne, il fréquente le « cénacle » de Victor Hugo, participe à la bataille d'Hernani, se mêle à la bohème artiste des Jeune-France. Il se plaît dans la compagnie de cette jeunesse turbulente. Cependant, il cultive en lui-même un domaine secret. Dans quelques poèmes se devine, déjà, une délicate nostalgie : Fantaisie (1832) a pour cadre le château de Saint-Germain ; à l'appel d'un air magique apparaît une dame en habits anciens qu'il reconnaît pour l'avoir rencontrée, peut-être, dans une existence antérieure ; ainsi commence l'élaboration mythique du thème sentimental qui dominera ses œuvres essentielles.
En 1834, à la faveur d'un modeste héritage, il s'installe, avec Arsène Houssaye et Camille Rogier, tout près du Louvre, impasse du Doyenné, dans un petit hôtel qu'il meuble avec un goût raffiné. Pour lui et pour le groupe de ses amis, c'est une époque de vie frivole et insouciante : « Quels temps heureux ! on donnait des bals, des soupers, des fêtes costumées ; on jouait de vieilles comédies [...]. Nous étions heureux, toujours gais, quelquefois riches » (Petits Châteaux de bohème).
Riche, Gérard de Nerval ne le demeura pas longtemps, car il eut tôt fait de dissiper son héritage. Heureux, non plus : une aventure douloureuse allait, de nouveau, le blesser. Dans sa bohème galante du Doyenné, il est devenu amoureux de Jenny Colon, cantatrice légère et comédienne. Il lui voua d'abord une admiration silencieuse, puis la poursuivit, finit par se déclarer à elle et, semble-t-il, toucha un moment son cœur ; mais elle préféra bientôt à la romanesque idylle un mariage de raison et épousa, en 1838, un flûtiste de l'Opéra-Comique.
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