2. Divisionnisme et anarchie
À Honfleur, du 21 juin à la mi-août 1886, Seurat entreprend sept tableaux, parmi lesquels Coin d'un bassin (Kröller-Müller Museum, Otterlo) exposé aux Indépendants dès son retour à Paris. Achevée au cours de l'automne et pendant l'hiver, la série se caractérise par une conception plus organique des points de vue : un format plus réduit évoque le port et ses quais (Entrée du port, Bout de la jetée, La Maria), un autre les abords et la baie de Seine (Le Phare d'Honfleur, La Grève du Bas-Butin, Embouchure de la Seine). Dès la fin de 1886, Seurat commence Les Poseuses (Barnes Foundation, Merion), tableau qui ne sera pas achevé avant l'Exposition des indépendants de 1888 (22 mars-3 mai) et qui porte le divisionnisme dans le domaine classique par excellence, celui du nu. Mais la nudité du modèle s'inscrit dans les données complexes du travail en atelier et engendre un dialogue étonnant avec la perspective « chromo-luminariste » de la Grande Jatte. Fénéon notera l'incidence des travaux de Charles Henry sur l'ancien élève de Lehmann et l'admirateur de Puvis : « Par une fantaisie pseudo-scientifique, l'ombrelle rouge, l'ombrelle paille et le bas vert s'orientent selon la direction qu'ont le rouge, le jaune et le vert sur le cercle chromatique d'Henry. » Ce dernier, en effet, avait développé dès 1884 certaines idées d'Humbert de Superville et de Charles Blanc en liant l'expression des émotions aux directions du mouvement. Déjà, Seurat avait relevé dans Les Phénomènes de la vision de David Sutter (articles parus dans L'Art en février-mars 1880) tout un ensemble de préceptes et d'observations, mais le Cercle chromatique d'Henry (1888) intégrait de façon simple l'essentiel de ces données concernant la ligne, la teinte et le ton. Parade de cirque (Metropolitan Museum, New York), exposé également en 1888 et qui évoque le fameux cirque Corvi, marque avec éclat l'intérêt du peintre pour les spectacles de la vie urbaine nocturne.
Six paysages, exposés aux XX à Bruxelles en février 1889, résultent du séj […]
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