3. Le poète essayiste
« La mission du critique littéraire n'est pas de juger, mais de compléter une certaine sensibilité. » Cette formule de Séféris est, peut-être, assez éloquente pour rendre compte de sa « méthode critique » : en réalité, on a toujours affaire à la même sensibilité poétique qui, transposée, ne perd rien de son essence créatrice. Connaisseur des secrets de la poésie, Séféris s'occupa, dans ses essais, des poètes qu'il admire ; il insista sur leurs difficultés, sur leur lutte avec l'expression. Aucun dogmatisme, aucune idée préconçue ne vient perturber la marche d'une pensée empirique qui, loin des généralisations théoriques, ne se sert que des mots concrets. L'essayiste Séféris ne veut ni prouver ni polémiquer ; il aime, il comprend et il explique.
Est-ce un hasard s'il influença la littérature grecque contemporaine aussi bien par sa poésie que par sa prose ? Autour des années 1930, le grec moderne littéraire souffrait déjà d'une sorte d'inflation, l'écriture devenant lourde sous le poids d'un vocabulaire enflé, inusité et emphatique. Séféris, lui, s'attacha à faire fonctionner les mots. En même temps qu'il renouvelait l'expression poétique, il ouvrait la voie à une prose claire, rationnelle et efficace. Complétant le poète, l'essayiste n'a presque rien à lui envier.
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