7. L'artisan de l'absence
Georges Perec a peu publié d'œuvres en prose après La Vie mode d'emploi : Un cabinet d'amateur, longue nouvelle consacrée à l'étude d'une collection de tableaux doublement fictifs, et Récits d'Ellis Island, commentaire du film de Robert Bober où, pour la première fois, Perec parle assez longuement de sa judaïté. Il laisse un roman inachevé, « 53 Jours ».
Dans son ensemble, l'œuvre de Perec nous frappe d'une part à cause de son abondance et de sa variété, d'autre part comme le fruit de moyens exceptionnellement stricts ; cela n'est pas moins vrai des premiers livres que de ceux qui suivent l'entrée de Perec à l'Oulipo : les « contraintes » sont seulement plus difficiles à définir. Il est important de comprendre que, chez Perec, l'abondance et la sévérité vont de pair ; en réalité, c'est la sévérité même qui autorise l'abondance. Tout écrivain résolu à transformer un monde dénué de sens par l'intermédiaire du langage devra affronter des questions telles que : « Où commencer ? De quel droit puis-je dire quoi que ce soit ? » La situation de Perec rendait ces questions particulièrement aiguës. Il était orphelin et juif, mais un juif pour qui la judaïté signifiait non pas une communauté de langage et de croyance, mais « un silence, une absence, une mise en question, un flottement, une inquiétude... ». Être juif voulait dire « ne devoir la vie qu'au hasard et à l'exil ». Devant un tel vide, Perec dut s'inventer un point de départ ; il choisit la contrainte. C'est un choix qui l'a libéré du problème angoissant de l'expression (comment s'exprimer quand l'histoire vous a privé de voix ?). La parole était aux contraintes : elles portaient leur justification en elles, et ce qu'elles pouvaient dire était illimité. Dans La Disparition (livre fondamental dans l'œuvre de Perec par sa démonstration de la force productive de la contrainte), il s'explique : « ... il y a là, pour moi, quasi la Loi du roman d'aujourd'hui : pour avoir l'intuition d'un pouvoir imaginatif san … ]
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