5. « W ou le Souvenir d'enfance »
Entre-temps Perec abandonna le roman (à l'exception des Revenentes, complément de La Disparition, où l'e est la seule voyelle présente) pour produire une série d'ouvrages à caractère autobiographique : La Boutique obscure, transcription de ses rêves durant trois ans ; Espèces d'espaces, essai sur la notion d'espace, qui commence par celui de la page, puis passe du lit au monde entier ; W ou le Souvenir d'enfance ; et Je me souviens, séduisante recherche de faits appartenant à une mémoire commune mais qui avaient été oubliés. (De cette époque datent les premiers poèmes de Perec, dont le recueil peut-être le plus remarquable, La Clôture, est également autobiographique.) De ces quatre livres, qui mériteraient tous une étude approfondie, W est sans doute le plus marquant. Le livre mélange fiction et récit autobiographique, ce qui, entre autres choses, fait de W une œuvre charnière. Une étrange histoire, d'abord de mystère, ensuite de pseudo-satire, enfin d'horreur visionnaire, alterne avec la reconstitution méthodique et souvent douloureuse de l'enfance et de l'adolescence de l'auteur. L'histoire imaginaire, dont le sujet apparent est une utopie grotesquement fondée sur l'idéal des jeux Olympiques, et le récit autobiographique, qui tourne autour de la disparition de ses parents, avancent vers un point d'intersection sans tout à fait l'atteindre : ce produit d'un capitalisme devenu fou qu'était le camp de concentration nazi. Le rapport des deux récits n'est jamais nommé mais reste implicite, et cela de façon lancinante.
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