4. L'Oulipo
L'année de la publication d'Un homme qui dort, Perec a commencé à travailler à son œuvre la plus déroutante, La Disparition, un roman entièrement écrit sans la lettre e (la plus fréquente des lettres de la langue française) ; le procédé par lequel un écrivain se prive d'une ou plusieurs lettres s'appelle « lipogramme ». L'intérêt de Perec pour de telles structures rares et difficiles l'a rapproché de l'Ouvroir de littérature potentielle (Oulipo), où il est accueilli en 1967. Pour lui cet événement a été capital : des années plus tard, il dira : « Je me considère vraiment comme un produit de l'Oulipo. » Fondé en 1961 par François Le Lionnais et Raymond Queneau, l'Oulipo est un petit groupe qui se consacre à la création et à la redécouverte de « contraintes littéraires », c'est-à-dire de formes et de procédés si péremptoires qu'aucun écrivain, en les utilisant, ne peut éviter (tout au moins au début) de soumettre ses prédilections à leurs exigences : il est évident, par exemple, que, dans un texte sans e, il y a beaucoup de choses qu'on ne pourra pas dire comme on souhaiterait le faire. L'Oulipo a fourni à Perec un milieu extraordinairement propice à sa recherche de procédés formels de plus en plus élaborés : celui d'un laboratoire aimable où l'invention, la rigueur et un certain goût du jeu vont de pair. Depuis toujours en quête de procédés formels de plus en plus difficiles, Perec a trouvé en l'Oulipo le lieu privilégié où il pouvait expérimenter librement des contraintes de toutes sortes. L'aboutissement de cette exploration devait être, une décennie plus tard, La Vie mode d'emploi.
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