3. Les premiers romans
Avec la publication des Choses, Perec a fait une entrée éclatante sur la scène littéraire, et le premier succès de ce livre s'est perpétué : réédité plusieurs fois, traduit en de nombreuses langues, ce roman est même devenu un habitué des manuels scolaires. Ces marques d'honneur sont en partie fondées sur un malentendu. Jérôme et Sylvie, un jeune couple parisien, vivent après leurs études de façon précaire dans un monde obsédé par le bien-être matériel, ou, plus exactement, ce sont eux qui se laissent obséder par les objets d'élégance et de luxe que ce monde leur propose. Ils rêvent de les acquérir, sans jamais vouloir se soumettre au long asservissement de l'avancement professionnel. Ils se retrouvent finalement dans une impasse, dont ils tentent de sortir en quittant la France pour la Tunisie, où ils espèrent commencer une vie nouvelle, mais où ils ne feront que dépérir. On a souvent pris Les Choses pour une étude sociologique, presque pour un tract dénonçant la société de consommation dont l'avènement date du début des années 1960 : c'est même à cette réputation que le livre dut une bonne partie de sa renommée. Mais il a aussi, dès sa parution, impressionné par sa structure et par son style. L'utilisation des temps, par exemple, y est remarquable. Le premier chapitre, description d'une demeure urbaine « de rêve », est entièrement écrit au conditionnel ; le dernier, épilogue où l'on imagine un éventuel retour à Paris de Jérôme et Sylvie, est au futur ; entre ces deux temps « irréels », le récit principal se déroule au passé défini et à l'imparfait, suite de phrases d'une inexorabilité flaubertienne si définitive qu'elles semblent exclure toute possibilité de doute ou de mouvement. Cette structure grammaticale répond à la situation où se trouvent Jérôme et Sylvie, et elle transforme un récit à l'aspect neutre et mesuré en une histoire personnelle et touchante. Perec dit de ses personnages : « Rien de ce qui était humain ne leur fut étranger. » Jérôme et Sylvie i […]
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