2. « Je n'ai pas de souvenirs d'enfance... »
Georges Perec est né à Paris le 7 mars 1936, de parents juifs polonais émigrés une dizaine d'années auparavant. Très jeune, il devint orphelin : son père fut tué au front en juin 1940, et sa mère, déportée en 1943, mourut dans un camp inconnu, peut-être Auschwitz. De l'automne 1942 jusqu'à la fin de la guerre, Perec vécut chez des parents installés à Villard-de-Lans et à Lans-en-Vercors, où l'avait fait venir sa tante paternelle. Adopté par cette tante, il revient à Paris en 1945. Puis, ayant terminé ses études secondaires au collège d'Étampes, en 1954, il s'inscrit à la Sorbonne comme étudiant en lettres ; mais il ne suit ses études que de façon épisodique. Après son service militaire (1958-1959), il gagne sa vie en faisant des enquêtes psycho-sociologiques puis reprend ses études pendant un séjour de plus d'un an en Tunisie. Revenu à Paris en 1962, il devient documentaliste en neurophysiologie au C.N.R.S., poste qu'il occupe jusqu'en 1979, lorsqu'à la suite du succès de La Vie mode d'emploi il décide de se consacrer entièrement à ses activités d'écrivain.
Très tôt, Perec fut animé par le désir d'écrire. Dès 1955, il rédigea des notes pour la Nouvelle N.R.F. et des critiques pour Les Lettres nouvelles. À partir de 1960, il publia plusieurs articles sur la littérature, notamment dans Partisans. Sa carrière de romancier a débuté en 1965 avec Les Choses, ouvrage salué à sa parution comme un chef-d'œuvre et couronné par le prix Renaudot. Désormais, il allait produire une suite de livres encore plus impressionnants par leur variété que par leur nombre : des romans (Quel petit vélo à guidon chromé au fond de la cour ?, Un homme qui dort, La Disparition, La Vie mode d'emploi, Un cabinet d'amateur) ; des recueils de poésie (Ulcérations, La Clôture, Alphabets) ; du théâtre, notamment L'Augmentation (créée en 1970) et La Poche parmentier (1974) ; un essai, Espèces d'espaces ; des livres plus ou moins autobiographiques (La Boutique obscure, W ou le Souvenir d'enfance, Je me souviens). En outre, il eut, à partir de 1974, une grande activité de cinéaste (Un homme qui dort, adapté de son roman et tourné en collaboration avec Bernard Queysanne, s'est vu accorder le prix Jean Vigo en 1974). En 1976, l'hebdomadaire Le Point lui confia sa chronique de mots croisés. Paru à tirage limité, le dernier texte publié de son vivant est un poème, L'Éternité.
[…]… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 5 pages…



