Reçu major au concours d'agrégation de droit public en 1948 Georges Lavau est nommé professeur à Grenoble, où il enseignera jusqu'en 1962. C'est dans cette université, cette ville que se forgent ses choix intellectuels et politiques.
Très vite, en effet, il dénonce les insuffisances des études juridiques dès qu'elles sortent de la pure technique. Elles ne sont pas en mesure « d'expliquer la vie politique, sociale et même juridique. Elles sont incapables d'échapper au formalisme et à l'idéalisme ». Cette proclamation en forme de manifeste d'adhésion à une discipline balbutiante en France, la science politique, trouve son expression dans son premier ouvrage, Partis politiques et réalités sociales (1952), qui comprend un sous-titre programme : « Contribution à une étude réaliste des partis politiques ». Le « réel » apparaît deux fois dans le titre et traduit la volonté de Lavau d'analyser les partis dans leur dimension sociale et pas seulement en tant qu'organisations (comme le faisait dans son étude des « Partis politiques » Maurice Duverger avec lequel il polémique vigoureusement).
Après cette étude fondatrice, Georges Lavau consacre une grande partie de ses recherches aux partis, groupes, syndicats et clubs, et en particulier au Parti communiste français. S'il est intrigué et passionné par ce parti pas comme les autres dont l'organisation puissante et stalinienne se veut au service d'une entreprise révolutionnaire, il n'est jamais subjugué ou fasciné. L'objet « Parti communiste » doit être analysé au même titre que tout autre objet scientifique, et c'est à ce titre qu'il proclame la nécessité « d'un cadre théorique pour l'étude du Parti communiste français ». Cette volonté d'analyse sans concession l'amène à souligner les capacités d'intégration par le P.C.F. d'une classe ouvrière dont il est le porte-parole privilégié, pour ne pas dire exclusif. Il dégage ainsi, à propos du P.C.F., le concept de « fonction tribunitienne », c'est-à-dire, par référence au tribun de la plèbe de la Rome […]
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