2. Un style « romantique et classique »
Le dévouement d'Enesco à la cause des autres musiciens, ses succès d'interprète qui lui permettaient d'agir matériellement en leur faveur (il avouait « détester son violon »), ont certainement nui à sa renommée de compositeur. Hormis les deux Rhapsodies roumaines et la 3e Sonate pour violon et piano, les œuvres d'Enesco sont rarement jouées. Pourtant, elles comptent parmi les plus originales de leur époque. Enesco a retenu de ses années de formation viennoise un sens profond de la construction. La variation, telle que la maîtrisait Brahms, prend chez lui une nouvelle dimension, continue. Les quatre mouvements de l'Octuor, conçus indépendamment les uns des autres, forment aussi les quatre parties d'un allégro : autre façon d'exploiter les idées cycliques qui préoccupent alors les compositeurs.
L'ascendance française d'Enesco restera omniprésente dans sa production. La France deviendra d'ailleurs sa patrie d'adoption. Il a assimilé la clarté de notre orchestration et de notre polyphonie. Mais celle-ci devient vite si complexe sous sa plume qu'il serait plus exact de parler d'hétérophonie, tant les éléments sont indépendants. La volonté de synthèse qui le caractérise a poussé Enesco vers le classicisme de nos formes (suite, menuet, bourrée, gigue) comme vers la finesse du langage impressionniste (Symphonie no 3). Mais, lorsque le néo-classicisme devient, au lendemain de la Première Guerre mondiale, un moyen de s'opposer au romantisme, il le refuse globalement, car il se considère comme « romantique et classique par instinct ».
Quant à sa démarche proprement roumaine, elle trouve dans la fusion de ces deux héritages le moule formel et les moyens d'expression idéaux. Le folklore brut, légèrement aménagé, des Rhapsodies roumaines est vite dépassé. Enesco assimile ses souvenirs d'enfance, les chants des lǎutari. Il les dégage des influences tziganes, reconstitue un langage, une atmosphère qui sont transcendés, sublimés dans sa musique. Les sources […]
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