2. Travaux d’ethnopsychiatrie
Dans Mohave Ethnopsychiatry, Devereux a donné une description minutieuse de la pensée psychiatrique d'une société, celle des Indiens Mohave de Californie. Il a montré que toutes les cultures ne s'intéressaient pas avec la même intensité à la psychopathologie et voyait dans cet intérêt la marque du respect que porte une société à l'individu. Il aimait à dire que ce sont les Mohave qui l'avaient véritablement initié à la psychanalyse. Son ouvrage intitulé Psychothérapie d'un Indien des plaines montre la nécessité d'un appareillage conceptuel spécifique pour mener à bien une psychothérapie authentique d'un patient appartenant à une culture différente et indique des pistes pour l'utilisation rationnelle de la culture d'un tel sujet. Dans Study of Abortion in Primitive Societies, Devereux démontre que, si l'on dressait la liste complète des fantasmes décrits par les psychanalystes, elle correspondrait point par point à la liste des rites et des coutumes décrits par les ethnologues. Il en conclut que la psychanalyse et l'ethnologie donnent deux points de vue sur une même réalité : l'un du « dedans », l'autre du « dehors » — hypothèse qu'il reprendra de manière plus systématique dans Ethnopsychanalyse complémentariste. Son premier livre paru en français, Essais d'ethnopsychiatrie générale, propose une approche et une classification spécifiquement ethnopsychiatriques de la réalité clinique, tandis que son ouvrage intitulé De l'angoisse à la méthode dans les sciences du comportement présente une méthodologie fondée sur l'analyse de la distorsion provoquée par l'observé sur l'observateur. Cette méthodologie, conçue à partir de la clinique psychanalytique, semble être la seule qui convienne aux sciences humaines, dans lesquelles la véritable objectivité de l'observation fait disparaître le sujet même de l'observation, c'est-à-dire l'humain. Dans ses derniers livres, consacrés à l'analyse des mythes grecs, Georges Devereux a abondamment montré que la mythologie constituait un réservoir de solutions aux problèmes psychiques – une chambre froide de l'inconscient – où puiser fantasmes et mécanismes de défense.
S'adonnant peu à la vie mondaine, préférant les petits séminaires fermés aux grandes conférences parisiennes, Georges Devereux n'a formé qu'une poignée de chercheurs. Sa pensée cosmopolite et réaliste, particulièrement adaptée aux sociétés modernes, polyculturelles, n'a commencé à recevoir une large audience qu'à partir des années 1980.
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