3. Une chronologie incertaine
Sur la quarantaine d'œuvres originales de La Tour parvenues jusqu'à nous, deux seulement, des nocturnes, hélas fort rapprochés dans le temps, portent une date encore lisible : Les Larmes de saint Pierre (1645, Museum of Art, Cleveland) et Le Reniement de saint Pierre, 1650, musée des Beaux-Arts, Nantes). À ces points de repères s'ajoutent cependant quelques éléments plus hypothétiques : l'identification du Saint Sébastien peint pour Louis XIII avec une composition en largeur dont l'original est perdu mais dont les copies sont nombreuses (preuve de sa renommée), l'identification possible également de quatre des six tableaux peints pour le marquis de La Ferté avec L'Adoration des bergers du Louvre (1644 ?), un Saint Alexis probablement analogue à celui du Musée historique lorrain de Nancy (1648 ?), le grand Saint Sébastien en hauteur de Bois-Anzeray conservé au Louvre (1649 ?) et Le Reniement de saint Pierre déjà cité. C'est assez pour se faire une idée précise de l'art de La Tour à la fin de sa vie, trop peu pour reconstruire la chronologie de toute une production. La critique s'est donc attachée à déceler dans les œuvres elles-mêmes les jalons d'une évolution stylistique plausible. En fait, les principaux spécialistes de La Tour tombent à peu près d'accord pour situer dans la première partie de la carrière de l'artiste, soit grosso modo avant 1638-1639, années de l'incendie de Lunéville et du voyage à Paris, les œuvres diurnes, et dans la seconde les nocturnes, avec, naturellement, la possibilité d'une phase intermédiaire où les deux inspirations auraient coexisté. Si, à l'intérieur de ces deux groupes, la répartition des œuvres varie sensiblement d'un auteur à l'autre, le schéma d'évolution qui se dégage des différentes chronologies proposées est toujours le même. Des Mangeurs de pois (GemäldeGalerie, Berlin-Dahlem) aux deux versions du Tricheur (Kimbell Art Museum, Fort Worth, et Louvre), et de la Madeleine Fabius (National Gallery of Arts, Washin […]
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