4. Une réflexion sur les valeurs
L'histoire des sciences telle que la pratique Canguilhem s'inscrit dans une réflexion philosophique sur les valeurs. Plus précisément, dans une philosophie médicale où les idées de norme, de normalité, de normalisation ont été problématisées à partir des valeurs déjà données dans le vivant. De même qu'il fallait faire pivoter l'axe de la réflexion pour demander à la maladie compte de la santé, de même la vérité est une valeur qu'il s'impose de penser à partir de l'erreur dont elle procède puisque le vivant humain forge des concepts : la pensée humaine et son histoire s'enracinent dans l'erreur de la vie. Canguilhem inclut donc la science dans la vie et propose de substituer une théorie des milieux à la théorie du sujet. Mais la connaissance de la vie comme façon de vivre renvoie à une philosophie de l'action. C'est la collusion des sens respectifs des termes « erreur » et « errance » qui paraît être à l'origine de cette idée de la formation des concepts comme modalité de l'information. Si l'homme se trompe parce qu'il est voué à errer, l'histoire des sciences est celle d'un projet, et sa tâche consiste à décrire les jeux du vrai et du faux. Cette philosophie de l'action est elle-même sous-tendue par une idée de la vie selon laquelle elle est préférence et exclusion. On peut dire que c'est un vitalisme qui constitue, chez Canguilhem, l'ossature du rationalisme : « La raison est moins un pouvoir d'aperception de rapports essentiels dans la réalité des choses ou de l'esprit qu'un pouvoir d'institution de rapports normatifs dans l'expérience de la vie. »
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