3. Un dialogue avec l'Histoire
Romancier du surnaturel incarné, Bernanos affirme dans ses essais politiques une même fidélité à la vision du monde christique et aux valeurs de l'Évangile qui sous-tendent ses romans. Par son ton, où s'unissent fièvre, passion et véhémence, par ses apostrophes cinglantes, ses jugements très tranchés, sa verve satirique, son œuvre politique a souvent été rattachée au courant « polémique » de la littérature française, illustré par Pascal, Louis Veuillot ou Léon Bloy. Au-delà d'un premier niveau de lecture, la polémique, chez Bernanos, signifie, en réalité, non pas dispute ou diatribe, mais débat. Débat fondamental qui confronte l'homme avec sa conscience, l'écrivain avec l'Histoire.
Au cours des années 1930-1940, qu'il s'agisse de la guerre d'Espagne, de la montée des fascismes, des accords de Munich ou de la Seconde Guerre mondiale et de ses prolongements, Bernanos a toujours commenté l'événement à travers le prisme d'une conscience qui se veut chrétienne. Ses prises de position politiques font de lui, aux côtés de Malraux, Gide, Sartre et Camus, une exceptionnelle figure d'écrivain engagé.
De l'unité profonde qui existe entre ses romans et ses essais, Les Grands Cimetières sous la lune (1938) fournit un exemple éclatant. Face à la tragédie espagnole de 1936, le livre recherche, là aussi, la signification surnaturelle des événements. Déchiffrer le monde, celui de la fiction comme celui de l'Histoire, revient à y découvrir la présence de Satan, la réalité implacable du Mal. Aux yeux de Bernanos, cette présence éclate dans ce qu'il tient pour un « crime essentiel » : le ralliement de l'Église au coup de force nationaliste de Franco, le scandale d'une Terreur cléricale, d'une « mystique terroriste » qui inverse le sens de la Passion du Christ.
La guerre d'Espagne a joué un rôle primordial dans la pensée et l'œuvre politique de l'écrivain. Elle l'a incité à renoncer aux romans (exception faite de la fin de Monsieur Ouine) pour mettre en scène l'Histoire, […]
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