2. Le romancier du visible et de l'invisible
Sans conteste, Sous le soleil de Satan, « roman de la vie spirituelle », suggérant « l'invisible par le visible », selon le mot de Léon Daudet (L'Action française, 7 avril 1926), comme les autres romans de l'auteur, s'inscrit dans une tradition – la fidélité aux dogmes catholiques – et dans un mouvement littéraire – le « renouveau catholique » de la fin du xixe siècle, ouvert par Huysmans et Verlaine, prolongé par Léon Bloy et Barbey d'Aurevilly. Le « réalisme du surnaturel », qui fait l'originalité profonde des romans bernanosiens, rappelle, dans une certaine mesure, le « matérialisme résolument spiritualiste » inspiré à Huysmans par La Crucifixion de Grünewald : c'est-à-dire une volonté d'appliquer à l'univers de l'âme et du spirituel le sens de l'observation, limité par Zola et les naturalistes au domaine des mœurs et de la vie en société. Mais Bernanos renouvelle l'esprit de cette tradition, comme l'esthétique de ce mouvement.
Son catholicisme repose avant tout sur le Christ, et sa vision du monde se révèle, par essence, « christique ». Que faut-il entendre par ce terme ? Une vision du monde selon laquelle la réalité première est le Christ, source même de la connaissance de Dieu et de nous-même, comme de l'épanouissement de l'homme. Une vision du monde selon laquelle le destin des personnages romanesques – surtout des prêtres – se calque sur celui de la tragédie du Christ.
C'est pourquoi se discernent, dans le récit bernanosien, tant de références et d'allusions à Jésus de Nazareth (La Joie), et les symboles christiques (la nuit, l'aube, la lumière, la croix, le sang, l'eau, les larmes) y tiennent un rôle important. C'est pourquoi les prêtres de Bernanos – Donissan (Sous le soleil de Satan), Chevance (L'Imposture), le curé d'Ambricourt (Journal d'un curé de campagne) –, mais aussi Chantal de Clergerie (La Joie), insèrent leur itinéraire intérieur dans le sillon tracé par le Christ. C'est pourquoi enfin l'œuvre romanesque de […]
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