3. Déception
La dernière scène de La Tragédie de la mine démentait l'optimisme du traitement : au fond de la mine, en présence de gendarmes allemands et français, on rescelle la grille frontière souterraine. Les autorités concluent : « Tout est en ordre ! Cela tient de nouveau ! » L'espoir de Pabst en la fraternité a peu duré.
L'Allemagne se prépare à porter Hitler au pouvoir. « La révolte est rentrée dans l'ombre, la nuit l'y cachera longtemps » (complainte de L'Opéra de quat' sous). En portant à l'écran L'Atlantide (1932), d'après Pierre Benoit, Pabst jette un dernier cri, mais il l'étouffe lui-même. Son héroïne n'est pas la descendante des Atlantes, mais un produit de bordel, le symbole de la puissance asservissante issue de la fange. Le film paraît somptueux et froid, le faste cache trop d'amertume. Déjà Pabst a perdu sa force, ou sa foi, ou les deux ensemble.
Pabst gagne la France avant la prise du pouvoir par Hitler. Il y tourne Don Quichotte (1933), sujet imposé. C'est un peu la velléité de Pabst lui-même qui est en cause ; lui aussi s'est battu, mais avec une foi vite ébranlée, contre des moulins à vent... Mis à part un voyage aux États-Unis (A Modern Hero, 1934), Pabst séjourne en France, où il tourne vaille que vaille cinq films très mineurs où survivent des souvenirs expressionnistes au service de sujets disparates. Il réalise du sous-Feyder et du Carné de pacotille.
En 1939, il rentre dans la Vienne nazifiée et semble adhérer à l'idéologie hitlérienne. Pourtant Reine du théâtre (Komödianten, 1941) ou Paracelsus (1943), films hésitants et ambigus, n'en apportent aucune preuve. Pabst avait fui Hitler, puis l'avait servi. Après la défaite de son pays, il fait amende honorable. Réalisé en Autriche, Le Procès (Der Prozess, 1947 ; sans rapport avec l'œuvre de Kafka) s'insurge contre l'antisémitisme nazi par le biais d'un procès hongrois de 1882. Son désarroi est-il total ou hurle-t-il avec les loups ? Son film ne manque pas d'éclat formel, mais ce talent est méconnu parce que dépensé hors de propos. Le film de Paul May Duel avec la mort (Duell mit dem Tod, 1949), que Pabst supervise, mérite un commen […]
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