L'Autriche de François-Joseph a offert au cinéma un triple cadeau « impérial » : Eric von Stroheim, Georg Wilhelm Pabst et Josef von Sternberg.
Nés à une époque où l'empire des Habsbourg est encore somptueux, tous trois ont, au point culminant de leur carrière, contesté par l'image le type de société qui les a vus naître. Les trois personnalités diffèrent, mais leur protestation commune apparaît, dans leurs œuvres, comme autant de cris douloureux échappés à une adolescence lucide.
Des trois, Pabst est peut-être le plus sensible, le plus humain, le plus instable aussi, mû par un idéalisme social et fraternel, puis déçu, pour terminer sa vie et son œuvre en porte à faux dans un monde qui bouge.
1. Contestation
Né à Raudnitz en Bohême, Pabst était fils d'employé et aurait dû devenir ingénieur. Mais la passion du théâtre en décida autrement. De 1905 à 1914, il joua et mit en scène en Suisse, en Autriche, en Allemagne et aux États-Unis. Interné en France pendant toute la guerre, il y organisa un théâtre. Revenu à Vienne en 1920, il prend la direction de la Neue Wiener Bühne. Un des pionniers du cinéma allemand, Carl Froelich, l'entraîne alors derrière la caméra... Le metteur en scène demeure, il change seulement de moyen.
Seize ans de théâtre, en plein essor de l'expressionnisme pictural puis théâtral et cinématographique, ne peuvent pas ne pas laisser de trace. Son premier film, Le Trésor (Der Schatz, 1923), est baigné de clairs-obscurs et d'ombres portées. L'amour libre s'y oppose à la cupidité. Ce n'est qu'un début.
En Allemagne, où Pabst tourne quinze films en neuf ans, la république s'étiole, le mark s'écroule, l'économie s'effondre. Le monde bouge ; le communisme naissant attire les idéalistes, plusieurs bases d'un passé séculaire sont remises en cause.
Déjà la grande mutation des années trente s'annonce : Hitler se prépare. Pabst s'engage. Il veut « combattre le capitalisme du dedans », mais il exprime surtout sa pitié pour les réprouvés. Ses œuvres, dans leur combat pour une plus grande lib […]
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