2. Épistémologie et histoire
Les travaux épistémologiques de Simmel sur le problème de l'explication en histoire se situent dans le prolongement direct des principes résumés par la notion de sociologie « formelle ». La réalité historique est constituée par un fourmillement, insaisissable en tant que tel, d'actions individuelles. Pour rendre compte de la bataille de Marathon, il faudrait, à la limite, expliquer le comportement de tous les guerriers qui y participèrent. C'est là, bien entendu, une tâche impossible et qui, d'ailleurs, aboutirait à un résultat peu intéressant. C'est pourquoi ceux qui comme Ranke se proposent, pour échapper au piège de la rationalisation dans lequel sont tombés les philosophes de l'histoire, l'idéal réaliste de décrire l'histoire comme elle s'est effectivement déroulée (wie es eigentlich gervesen ist) n'ont pas une attitude moins métaphysique, selon Simmel, que leurs adversaires. L'histoire est toujours une reconstruction par laquelle l'historien rend le réel compréhensible en y projetant des « formes ». Si le réalisme est une position intenable, le point de vue opposé, celui des « philosophes de l'histoire » ou des historiens et sociologues qui prétendent découvrir des régularités macroscopiques – des « lois » – n'est pas davantage défendable. Il ne peut y avoir de régularités qu'au niveau psychologique ou plutôt microscopique. Ces régularités microscopiques font, pour parler comme Weber, qu'un observateur peut comprendre le comportement d'un acteur social, même s'il est éloigné de lui dans l'espace ou dans le temps. Au niveau macroscopique en revanche, il n'y a aucune raison de s'attendre à observer des régularités de validité « universelle », puisqu'on a affaire alors à des systèmes d'interaction complexes et composites dont la configuration varie d'un cas à l'autre.
Comme en sociologie, Simmel adopte, face au problème de l'explication historique, une attitude criticiste et relativiste d'inspiration clairement néo-kantienne : la connaissance histor […]
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