2. Le jeu avec la tradition
En 1989, Bazelitz réalise un ensemble de vingt panneaux intitulés 45' (Kunsthaus de Zurich), qui renvoie explicitement au bombardement de Dresde et à l'Allemagne détruite et vaincue. L'artiste, dont l'énergie et l'inventivité ne semblent jamais prises en défaut, exploite ici une nouvelle technique qui mêle huile et détrempe sur bois travaillé au rabot. Prolifique à un point rare, usant de toutes les libertés, il peut puiser dans la grande tradition allemande de la peinture romantique et rendre hommage à Caspar David Fiedrich, lorsqu'il reçoit une commande en 1999 pour les deux gigantesque toiles accrochées dans le Reichstad réhabilité. Tel Picasso s'inspirant des Ménines de Velázquez, il peut aussi, au cours des mêmes années, entamer une série où il reprend certaines œuvres liées au réalisme socialiste russe et inverser, non sans une certaine ironie, la figure de Lénine peinte par A. M. Guerassimov, en usant d'une technique proche du pointillisme. Dans les années 2000, tout en restant fidèle à l'inversion du motif – une tête de cheval ou une paire de chaussures – la couleur se fait plus claire, le fond s'allège, tandis que la violence première semble céder la place à des effets décoratifs et quelque peu maniéristes.
Dans ce jeu permanent de défis vis-à-vis de la tradition, Baselitz, lors de la biennale de Venise de 1980, présente dans le pavillon allemand, l'une de ses premières expériences dans le domaine de la sculpture : Modell für eine Skulptur (Modèle pour une sculpture, Museum Ludwig, Cologne). Il s'agit d'une œuvre massive, travaillée à la hache ou à la scie, dont la réalisation a exigé un effort physique considérable. Le côté asymétrique de la pièce, le poing levé de la figure, les traces de couleur destinées à modifier le volume surprennent, agressent et créent la polémique. Dans son recours à la sculpture, Baselitz refuse toute élégance artistique et considère son travail sur le bois, nourri par les totems et la sculpture africaine, comme d […]
… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 2 pages…



