3. Le changement implique la matière
Puis il dégagera les principes – la forme et la matière – dont dépendent l'existence en acte et l'existence en puissance.
La forme sera le principe d'organisation, de stabilité, mais aussi d'évolution. Un être existe en acte par une forme actuelle et par celles de ses propriétés effectivement réalisées à un moment donné ; il existe en puissance par une forme possible et par ses déterminations potentielles.
Mais, puisque la forme est générale alors que les êtres n'existent qu'individuellement, elle ne saurait suffire à fonder l'existence. Il faut lui adjoindre un second principe, la matière. La matière sera le réceptacle indéterminé d'où procèdent les êtres concrets déterminés. Elle sera le sujet premier de chaque être, mais le sujet sans essence. Elle est, comme dit Aristote par la célèbre métaphore de l'airain et de la statue, l'informe par rapport à ce qui a forme : « En effet, le rapport de l'airain et de la statue, ou du bois au lit, ou en général de la matière et de l'informe à ce qui a forme, antérieurement à la réception et à la possession de la forme. Tel est le rapport de la matière à la substance, à l'individu particulier, à l'être. » (Physique, livre I, chap. vii).
Ainsi être et changement ne sont pas incompatibles mais, bien au contraire ontologiquement liés.
Sur ces bases, Aristote développe une théorie du changement et, en particulier, du mouvement, puisque celui-ci ne sera que le changement selon le lieu : la translation. Le mouvement sera donc traité comme est traité le changement selon la qualité – l'altération –, selon la quantité – l'augmentation et la diminution. Changements affectant tous la substance et au-dessus desquels Aristote place le changement selon la substance – la génération et la corruption –, reprenant ainsi la table des catégories et renforçant encore l'interdépendance entre le changement et l'ontologie.
Cet ensemble imposant et cohérent sort la physique de l'impasse où les sophistes l'avaient engagée. I […]
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