2. Cosmologie et physique
Dans l'Almageste se mêlent trois composantes bien distinctes. D'abord, une vision globale du monde : une cosmologie. Ensuite, un outil mathématique, essentiellement la trigonométrie, au service de la résolution des triangles plans et sphériques. Enfin, une astronomie pratique, en l'occurrence un ensemble de modèles géométriques, de tableaux de nombres et de règles calculatoires, véritables « recettes de cuisine » permettant de situer à un moment donné les astres vagabonds – le Soleil, la Lune et les planètes – sur le quadrillage apparemment immuable des étoiles fixes.
Si la trigonométrie et la pratique astronomique peuvent se permettre d'être innocentes, il n'en saurait être de même de la cosmologie. Une cosmologie suppose une philosophie de la nature, ou, pour le moins, une physique. La cosmologie de Ptolémée est tributaire d'une physique, vieille déjà de cinq siècles, celle d'Aristote. Physique fausse à nos yeux, certes, et en particulier dynamique fausse, où les forces sont proportionnelles aux vitesses (alors qu'elles sont proportionnelles aux accélérations), mais physique du bon sens, d'un certain vécu, et au service de laquelle Aristote avait mis sa redoutable logique.
C'est par la théorie du mouvement que, chez Aristote, cosmologie et physique sont intimement liées. Parler de cosmos, c'est d'abord affirmer que le monde a une structure, une forme et un ordre, et ce sont cette structure, cette forme et cet ordre que la cosmologie apporte à la physique. En retour, la physique apporte à la cosmologie la garantie de la stabilité de l'ordre du monde, tout en s'attaquant au délicat problème du changement. La physique aristotélicienne élaborera les notions philosophiques et les principes de base qui rendent le mouvement possible et qui satisfont aux données immédiates de l'expérience et aux exigences de la raison. Car, au temps d'Aristote, les philosophes n'ont toujours pas répondu aux défis des Éléates.
À écouter Parménide (vie-ve siècle av. J.-C.), en effet, on ne […]
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