2. La carte d'identité des tumeurs et les tumorothèques
La transformation tumorale est liée à l'accumulation d'altérations génétiques et épigénétiques dont la plupart sont acquises par les cellules tumorales et transmises pardivision cellulaire. Ces altérations confèrent aux cellules des fonctions telles que l'immortalisation, la prolifération autonome et l'inhibition des programmes de mort cellulaire qui, associées aux capacités d'angiogenèse, d'invasion et de migration, sont responsables du développement des tumeurs. Or, les relations fonctionnelles sous-tendant les réseaux qui lient les produits des gènes sont complexes et varient en fonction de la spécialisation cellulaire ; c'est pourquoi des anomalies de nombreux gènes différents peuvent aboutir à des conséquences fonctionnelles identiques.
Le développement de la tumeur se fait en outre dans le contexte d'une instabilité génétique variable d'une tumeur à une autre et d'un moment à un autre de son histoire naturelle. L'analyse détaillée du développement tumoral montre donc l'émergence de sous-clones dont la nature est soumise à des processus de sélection effectués sous la contrainte des relations que la tumeur développe avec l'hôte qui la porte. La carte d'identité tumorale, répertoire de tous les événements génétiques et épigénétiques indispensables au développement d'une tumeur donnée, traduit ces phénomènes biologiques complexes.
L'analyse détaillée des cartes d'identité tumorales montre qu'elles comportent des signatures corrélées aux paramètres histopathologiques, biologiques ou cliniques. Cette constatation fondatrice ouvre deux voies de recherche complémentaires. L'une, fondamentale, veut comprendre quelles sont les lois qui façonnent le répertoire des altérations génétiques et épigénétiques des tumeurs. Cette démarche, qui s'inscrit dans l'analyse de la complexité biologique, réclame une coopération étroite entre biologistes, physiciens et mathématiciens, capables d'aborder les problèmes de la modélisation d […]
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