8. La justice à l'épreuve
La reconnaissance du génocide des Tutsi par la communauté internationale est intervenue seulement quatre mois après les faits. Dès le 9 novembre 1994 en effet, suivant les recommandations du rapporteur spécial du Haut Commissariat des Nations unies pour les droits de l'homme, le professeur ivoirien Degni Segui, le Conseil de sécurité de l'O.N.U. crée un Tribunal international pour le Rwanda (T.P.I.R.), chargé de rechercher et de juger les principaux responsables du génocide des Tutsi et des crimes contre l'humanité commis sur le territoire du Rwanda entre le 1er janvier et le 31 décembre 1994. Basée à Arusha en Tanzanie, cette juridiction a jugé en quatorze ans une trentaine d'accusés. Alors qu'elle est censée clore ses travaux en fin 2008, elle est l'objet de multiples critiques. Les rescapés sont déçus, dénoncent la lenteur des procédures, s'interrogent sur la rigueur des enquêtes qui ont abouti à l'acquittement d'hommes sur lesquels pesaient de lourds soupçons. Par ailleurs, ils estiment que le T.P.I.R. n'a pas rempli sa mission : il reste une soixantaine de prisonniers à juger, dont nombre de hautes personnalités politiques et de grands chefs militaires ; plusieurs suspects importants sont en fuite à l'étranger, implicitement protégés par les pays qui les ont accueillis. Enfin, ils regrettent que rien n'ait été fait en ce qui concerne le droit à indemnisation des victimes.
La stratégie d'achèvement des travaux du T.P.I.R. prévoyait de remettre au Rwanda les dossiers pendants. Mais, devant le tollé des associations de défense des droits de l'homme et des avocats des accusés, les juges d'Arusha hésitent, arguant que la garantie d'équité des juridictions rwandaises n'est pas établie. Hormis le Rwanda, les États nationaux n'ont jamais manifesté d'empressement à poursuivre les suspects qui sont sur leur sol. Bien au contraire, les procédures du juge français Jean-Louis Bruguière et de son collègue espagnol Fernando Andreu Merelles semblent indiquer que […]
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