6. Une « guerre » pour toute justification
La négation du génocide des Tutsi a commencé pendant qu'il était perpétré. Le premier défi des responsables de ce génocide a été de dissimuler au monde la nature des actes, alors que les appels au meurtre étaient publics, lancés sur les ondes de la radio R.T.L.M. et pouvaient par conséquent être captés par tout un chacun, être enregistrés et conservés sur les bandes magnétiques, reproduits et utilisés comme autant de motifs de poursuites judiciaires, d'inculpation et de preuves de culpabilité. Les tueurs « travaillaient » en plein jour, commençaient à l'aube et s'arrêtaient de tuer au coucher du soleil, ce qui leur permettait de repérer et de reconnaître sans difficultés les victimes et leur évitait, dans les zones proches du front, le risque de croiser les soldats rebelles réputés pour leur capacité d'infiltration et de mouvement à la faveur de la nuit. Le travail en plein jour était la double garantie de l'efficacité de la chasse à l'homme et de la sécurité de ceux qui y étaient engagés. Enfin, le souci de terminer le « travail » accélérant sans cesse le rythme des tueries, les corps n'étaient plus enterrés. Partout dans le pays, les cadavres jonchaient le sol, barraient par endroits les chemins, les charniers creusés à la hâte en débordaient, les rivières en charriaient des milliers.
Ne pouvant pas cacher les massacres, ceux qui les ont organisés et les orchestraient ont trouvé le moyen d'en dissimuler la logique et l'intention génocidaires dans la rhétorique de la guerre. La presse étrangère et en particulier française, qui refusait de voir que les massacres étaient commis par les F.A.R. loin du front, reprit ce schéma durant des semaines. Selon elle, le pays était bel et bien en guerre contre la rébellion du F.P.R. Mais de nombreux éléments discursifs et factuels montraient très clairement que la cible était les civils tutsi, hommes, femmes et enfants.
L'extermination comme objectif de cette « guerre pas comme pas les autres » ne fait auc […]
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