4. La participation populaire
Dès ses premières missions de « défense de la sécurité de la République » menées contre les Tutsi, dans les années qui ont suivi l'indépendance, l'armée rwandaise a sollicité et reçu l'aide des populations civiles. L'appel au peuple à entrer en guerre contre les Inkotanyi a été lancé en 1992. Concevoir et diffuser la propagande n'a pas suffi pour mettre le peuple « au travail ». Il a aussi fallu s'organiser : dénonciation du multipartisme présenté comme une action de l'ennemi pour provoquer la division des Hutu ; création d'une milice, les Interahamwe, organisation solidaire de gens qui, littéralement, « attaquent ensemble » ou « partagent les mêmes buts ». Ils sont décrits dans tous les témoignages comme une organisation ouverte, qui ne se cache pas et qui se présente elle-même comme une jeunesse du parti présidentiel, le M.R.N.D.
Conçue pour redonner au M.R.N.D. la jouvence et la force face à la concurrence des nouveaux partis, cette jeunesse a d'abord été recrutée parmi les « fils à papa » de Kigali, parmi les jeunes cadres de la fonction publique, des sociétés d'État ou privées. Petit à petit cependant, les Interahamwe furent investis de la mission d'assurer la sécurité des meetings du M.R.N.D. ainsi que celle de ses cadres contre les provocations des nouveaux partis impatients d'en découdre avec le régime de Habyarimana et de mettre fin à la domination des Hutu du Nord sur le reste du pays qu'il incarnait. Le recrutement fut dès lors étendu à des voyous et à tout le pays. En outre les nouvelles recrues reçurent un entraînement et un équipement militaires. Ce sont eux qui au matin du 7 avril déclenchèrent les massacres partout dans le pays.
En effet, la stupeur provoquée par les massacres commis le 7 avril au matin à Kigali, en raison de leur violence, de leur cruauté et de la personnalité des victimes, a occulté le fait que la violence s'est répandue dans tout le pays le jour même. De nombreux barrages ont été érigés et gardés par des je […]
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