2. La pulsion nihiliste
« La deuxième dissertation donne la „psychologie de la conscience morale“. [...] C’est l’instinct de cruauté qui se retourne contre lui-même, une fois qu’il ne peut plus se décharger à l’extérieur. » Véritable intériorisation du ressentiment, la « mauvaise conscience » ou « culpabilité » engendre, par un processus de « sublimation » proche de celui que Freud saura interpréter, par exemple dans Malaise dans la civilisation, des formes « policées » (la justice, le droit) qui ne sont en fait que des métamorphoses d’une cruauté sous-jacente. Derrière tout processus de civilisation est tapie une barbarie qui prend les masques rassurants de son contraire.
« La troisième dissertation répond à la question de savoir d’où provient la puissance immense de l’idéal ascétique, de l’idéal sacerdotal, bien qu’il soit sans doute l’idéal nuisible par excellence, un „vouloir-mourir“, un idéal de décadence. » Le « vouloir-souffrir » est la conséquence de l’intériorisation analysée dans la précédente dissertation. Le terme de nihilisme est ce qui la caractérise le mieux : « vouloir le rien plutôt que ne rien vouloir ».
Retourner le platonisme, « transvaluer toutes les valeurs », c’e st ainsi que Nietzsche caractérise sa tentative quasi prométhéenne. La violence de ces analyses, leur radicalité sans antécédents ni successeurs est encore accentuée par leur côté froid, systématique. Lire Nietzsche exige finesse, sens de l’interprétation, sous peine de tomber dans les caricatures les plus grossières. Deleuze, Fink, Foucault et quelques autres sauront toutefois se reconnaître dans cette pensée qui fait venir, contre les apparences, la vérité « sur des pattes de colombe. »
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