Si le titre d'un chef-d'œuvre indiscuté du film noir – Laura, d'Otto Preminger– vient immédiatement à l'esprit lorsque l'on évoque le nom de Gene Tierney, d'autres suivent immédiatement, signés des plus grands réalisateurs américains : Fritz Lang, Josef von Sternberg, Ernst Lubitsch, John M. Stahl, Joseph L. Mankiewicz... Mais c'est plutôt son visage, ses pommettes saillantes, son regard perçant et troublant à la fois, ses yeux en amande, sa bouche sensuelle teintée de feinte innocence qui en ont fait, au-delà de la star qu'elle fut de son vivant, une « icône » incarnant aujourd'hui une certaine idée du cinéma américain.
Si la vie allait se montrer par la suite d'une grande cruauté avec elle, l'enfance de Gene Liza Tierney, née le 20 novembre 1920, à Brooklyn, est celle d'une « petite fille riche », même si la crise de 1929 compliqua cette situation. Son père, Howard Tierney, était un courtier en assurances plus qu'aisé. Sa mère, Belle, avait été enseignante. Elle doit son prénom masculin à l'unique frère de Belle, mort à dix-sept ans. Inquiet de voir les jeunes gens tourner autour de cette jolie fille, son père l'envoie, à seize ans, dans un pensionnat en Suisse.
Entendant, lors d'une visite des studios Warner, le réalisateur Anatole Litvak qui lui lançait : « Mademoiselle, vous devriez faire du cinéma » – ce sera le titre français de son autobiographie (Self Portrait, 1979) –, Gene Tierney sut, à dix-huit ans, ce qu'elle ferait. Se méfiant des perversions d'« Hollywood-Babylone », pour reprendre le titre d'un livre fameux de Kenneth Anger, Howard Tierney oriente sa fille vers Broadway, puis cède à une proposition de la Columbia qui ne lui trouve pas de rôle. Retour à Broadway, où un succès répercuté par Vogue et Harper's Bazaar attire l'attention de Darryl F. Zanuck. Elle débute en ingénue volontaire dans Le Retour de Frank James (1940), premier western de Fritz Lang. Mais la 20th Century Fox ne sait guère définir sa personnalité et lui confie des rôles peu significatifs, malgré des metteurs en scène notoires : John Ford (La Route du tabac, […]
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