Fils d'un petit hobereau, Derjavine connaît des débuts difficiles : études inachevées à Kazan, dur service militaire, passion funeste pour les cartes. Promu officier, il participe aux campagnes contre Pougatchev, puis fait une carrière civile mouvementée à cause de ses écrits : des odes à la gloire de la monarchie éclairée de Catherine II avec des pointes satiriques contre ses favoris (Felica, 1783). Sénateur, gouverneur, secrétaire privé de l'impératrice, il allie franc-parler et indépendance d'esprit à la flatterie du courtisan. Plus baroque que classique, il recherche l'effet, l'outrance, l'éclat et atteint parfois à une grandeur inimitable : Dieu (Bog, 1784) ; La Cascade (Vodopad, 1791-1794). Héroïque, emporté, son style violente et transforme la langue russe. Il retrouve des accents authentiquement populaires dans ses poésies légères. Vénéré par ses contemporains, Derjavine reste un maître de la prosodie russe.
Alexandre BOURMEYSTER
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