Parmi les écrivains québécois, Gaston Miron n'est pas le plus connu (du moins hors du Québec), ni celui dont l'œuvre est la plus abondante, ni le plus novateur, le plus « sauvage » ou le plus débridé, mais il est peut-être le plus poète et le plus québécois. Car son œuvre, ainsi que la trajectoire de son existence et même sa présence physique, se sont confondues avec l'affirmation de l'identité québécoise. Sa poésie est reconquête d'un pays, invention d'une patrie.
Né à Sainte-Agathe-des-Monts, « dans les vieilles montagnes râpées du Nord », issu d'une famille de ce Québec rural où l'on était traditionnellement paysan, trappeur, bûcheron, Gaston Miron a été, comme beaucoup de sa génération, attiré par la grande ville, et il est venu, en 1947, s'installer à Montréal pour y exercer divers métiers et, peu à peu, y découvrir sa voie, dans un double engagement dont les deux composantes, politique et poétique, sont intimement associées. Ses premiers poèmes sont publiés dans des journaux et des revues comme Le Devoir ou Amérique française. Surtout, il devient, en 1953, l'un des fondateurs et le principal animateur des éditions de l'Hexagone (le nom n'a évidemment aucun rapport avec la forme de la carte de France : il évoque l'égalité de principe des six cofondateurs). Très rapidement, l'Hexagone rassemble autour d'un projet commun (fonder le pays québécois, inventer une parole québécoise) les poètes qui veulent agir par la poésie et participer aux luttes militantes. Son influence a été déterminante pour donner cohérence et ampleur à la jeune littérature québécoise. Miron y publie, en collaboration avec Olivier Marchand, un premier recueil : Deux Sangs. Il commence aussi la rédaction de grands cycles poétiques (La Batêche, La Marche à l'Amour, La Vie agonique) dont il détache des fragments qui paraissent en revue (notamment dans Liberté et Parti pris) et qu'il fait connaître par des récitals et des lectures publiques. En même temps, on le rencontre dans pratiquement tous les mouvemen […]
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