Jovellanos a laissé une image complexe qu'historiens et biographes interprètent différemment selon leurs options politiques. Goya fit de lui un portrait. Ces deux grands Espagnols du xviiie siècle eurent en commun d'avoir les yeux fixés sur leur pays. Les vues de l'un, les visions de l'autre, instruisent encore l'Espagne sur elle-même.
Asturien, comme le père Feijóo dont il prit la relève, Gaspar Melchor de Jovellanos naquit à Gijón, d'une famille noble mais modeste qui le destina aux ordres. Il perdit vite ses illusions sur l'enseignement dispensé par les universités. Sur le point de recevoir la tonsure, il opta pour le droit. À vingt-quatre ans, nommé procureur à Séville, il se présenta au tribunal sans perruque, sur le conseil du comte d'Aranda, président du Conseil de Castille. Cet affront à la tradition suscita la méfiance. S'appliquant immédiatement à de nouvelles études, Jovellanos lut avidement l'œuvre des philosophes et des physiocrates français, s'intéressa avec passion aux « colonisations » de la sierra Morena que poursuivait Pablo Olavide, apprit l'anglais, écrivit une piè […]
