3. Les gares, témoins de leur temps
L'étude des gares offre à l'historien de riches témoignages sur l'essor ferroviaire en général et sur le rôle essentiel qu'il a joué dans le développement du capitalisme industriel et du colonialisme. Comme l'ont remarqué Richards et MacKenzie, les gares « illuminent en son entier la hiérarchie sociale et raciale du voyageur ».
L'histoire des gares des Antilles, de la Jamaïque ou de Cuba, par exemple, dont le réseau ferroviaire remonte à 1837, et celle de leur région sont étroitement imbriquées. Au moment de la Première Guerre mondiale, la nouvelle gare de La Havane fut construite dans un style Renaissance espagnole et dotée d'un revêtement de terres cuites importées des États-Unis.
Les transformations sur un siècle et demi de l'agencement de ces édifices expriment des mutations sociales importantes. Les aménagements conçus au xixe siècle pour assurer la séparation des diverses classes de voyageurs, ainsi qu'entre les hommes et les femmes (aux États-Unis, notamment, où les salles d'attente étaient le plus souvent divisées en Men's Smoking Room et Ladies' Waiting Room), n'existent plus. Des petits abris aménagés à quelque distance des gares le long des voies et destinés naguère aux gens de couleur sont encore visibles en Afrique, en Inde et en Afrique du Sud. Dans les gares des États du sud des États-Unis, également, les salles d'attente ont été longtemps conçues pour permettre la ségrégation raciale (mais, lorsqu'il s'agissait d'une salle d'attente colored, la ségrégation des sexes n'était plus considérée comme nécessaire...).
Le problème de la sécurité dans les gares depuis le xixe siècle est également évocateur de toute une évolution sociale. Les premiers manuels techniques comparent longuement les systèmes français et britannique : en France, les voyageurs étaient enfermés dans les salles d'attente en attendant l'annonce du départ du train ; en Angleterre, ils pouvaient circuler librement sur les quais. En 1986, ces lieux sont décrits par R […]
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