2. « Libérer l'Égypte »
Quatre étapes jalonnent l'action du régime militaire depuis 1952, dont la première (de 1952 à 1956) et la dernière (de juin 1967 à la mort de Nasser) sont dominées par l'impératif central de la libération nationale.
Durant la première étape (1952-1956), l'objectif est double : par un savant dosage de guérilla et de négociations (traité du 19 oct. 1954), obtenir l'évacuation du territoire national et dans le même temps modifier la structure de pouvoir en vue de fonder une Égypte moderne, indépendante, industrialisée. En un premier temps, le Conseil du commandement de la révolution, présidé par Nasser, fait appel au général Mohammed Naguib pour assumer les fonctions de président de la République, après la destitution du roi Farouk. Puis Nasser, vice-président du Conseil et ministre de l'Intérieur (1953), remplace le général Naguib dans toutes ses fonctions (fin 1954) et est élu président de la république d'Égypte par référendum (23 juin 1956). L'action intérieure prend le visage de la réforme agraire, destinée à démanteler les bases de l'aristocratie terrienne en même temps que celles de l'influence communiste à la campagne, de la dissolution des partis politiques, de l'élimination de la classe politique libérale et moderniste et son remplacement par un appareil de militaires et de technocrates (puisant leur inspiration dans le fondamentalisme islamique), de la répression contre l'organisation terroriste secrète des Frères musulmans. D'emblée, Nasser conçoit le projet du haut barrage d'Assouan comme un puissant stimulant dans la transformation de l'Égypte. Le refus américain de financer ce projet déclenche la nationalisation du canal de Suez (26 juill. 1956), qui permettra d'en consacrer les bénéfices à l'édification du haut barrage ; l'agression tripartite de la Grande-Bretagne, de la France et d'Israël (31 oct.-6 nov. 1956), en conduisant à la vague d'« égyptianisations » et de nationalisations de 1956, va doter l'État à direction militaire d'un secteur public destiné à devenir le moteur du développement économique.
De Bandoung (avr. 1955), où se constitue l'afro-asiatisme, jusqu'à l'affaire de Suez, Nasser s'impose comme le leader incontesté de la mouvance égyptienne, définit le cours du neutralisme, élabore son style : celui du populisme pragmatique et autocratique. Le maître de l'appareil devient le chef de l'État et le dirigeant incontesté de la révolution nationale égyptienne.
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