2. Andrea Gabrieli dans la vie vénitienne
Descendant d'une famille noble et connu sous le nom d'Andrea da Canareggio, sans doute parce qu'il naquit dans ce district vers 1533 et peut-être parce qu'il fut organiste de sa paroisse, Andrea Gabrieli entra donc dans la chapelle ducale de Saint-Marc en qualité de chantre. Il y resta un certain temps sans parvenir à obtenir le poste d'organiste ; aussi ses vaines tentatives semblent-elles l'avoir contraint à entreprendre de nombreux voyages, soit en Italie même, soit à l'étranger, notamment à Graz et à Augsbourg où il lia des amitiés durables avec les princes qui devinrent ses protecteurs, comme l'archiduc Charles et les Fugger. Sa renommée était cependant assez grande déjà pour qu'il ait été, en 1558, l'un des deux seuls musiciens admis à l'Accademia della fama de Venise ; six ans plus tard, il fut enfin nommé second organiste de Saint-Marc, aux appointements de quinze ducats, « comme indemnité des frais occasionnés par son voyage pour venir se mettre au service de l'Église ».
À partir de ce moment, il ne quitta plus sa ville, se contentant de sa modeste condition aux côtés de Claudio Merulo (1533-1604), devenu maître de chapelle à la mort de Willaert, et du premier organiste Gioseffo Zarlino (1517 env.-1590). L'existence effacée menée par cet homme secret n'empêcha pas qu'il ait été reconnu comme l'un des meilleurs compositeurs de son époque, et cité comme « un homme de grand mérite, très estimé, et le plus grand dans la musique », comme le nomma un peu plus tard dans le catalogue des écrivains illustres de Venise l'organiste et compositeur Vincente Albrici.
Deux événements étaient survenus qui l'incitèrent à entreprendre des ouvrages plus importants que ceux attachés habituellement à sa charge ; ils allaient attirer l'attention sur lui et, de ce fait, accroître sa renommée. Ce fut tout d'abord la bataille de Lépante. À l'occasion des cérémonies organisées pour célébrer la victoire qui, en 1571, libérait Venise et par là même l'Europe tout entière de la menace d'une domination turque, il reçut commande de plusieurs œuvres, et notamment de deux cantates à huit et douze voix. Trois ans plus tard, d'autres fêtes données lors du passage à Venise de Henri III lui permirent de créer un art nouveau. Comme pour la peinture, la liaison entre les cérémonies religieuses et les manifestations politiques et populaires allait susciter une plus grande diversité de sujets, et quelques épisodes profanes commencèrent à se mêler aux thèmes sacrés.
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