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MIRÓ GABRIEL (1879-1930)

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5.  Le style et l'homme

Il n'y a pas qu'un style chez Miró. De l'expressionnisme vigoureux des premières œuvres comme de Del vivir ou Nómada (1908), du symbolisme fervent qui s'y mêle souvent jusqu'à l'impressionnisme mélodieux vers quoi elle tend de plus en plus, la langue de Miró a été soumise à un travail incessant, épuisant, qui lui imprime un caractère de plus en plus lyrique. Années et lieues, la dernière œuvre publiée du vivant de l'auteur, est une suite de véritables poèmes en prose. Il y a aussi chez Miró un amour passionné des mots ; il aime les mots précis et suggestifs, les mots pittoresques et éclatants, les mots exotiques, les mots archaïques ou les néologismes ; il les choisit avec prédilection ; il les dispose avec un soin d'enlumineur. Les scènes des Figures de la Passion du Seigneur font sur ce point songer à la perfection artistique de Flaubert dans Salammbô ou dans La Tentation de saint Antoine. Le style de Miró est remarquable aussi par les rythmes savants et nuancés qu'il donne à son langage. La phrase chez lui se plie, se tord, vibre comme une flamme avant de se figer, comme un or ciselé, en une forme définitive. Tout l'art de Miró est placé sous le signe de cette exigence de perfection à laquelle il tendait patiemment : « Je suis un créateur lent, avouait-il en 1927. Je ne me plains que de moi-même. Chaque jour, je sens que c'est le premier jour de ma vie d'écrivain. »

Cet idéal a dominé sa vie, qui s'écoula, sans aventures marquantes, à Alicante, Barcelone et Madrid. Il ne connut qu'une existence besogneuse de petit fonctionnaire et de journaliste, à laquelle le succès littéraire ne l'arracha jamais. Une mélancolie intense, un sentiment parfois intolérable d'angoisse devant la souffrance et la mort, une ironie tendre ou acerbe imprègnent l'œuvre de Miró. C'est dans les pages qu'il a laissées que l'on retrouve son image : celle d'un homme bon, simple, modeste et solitaire, en qui brûlait une aspiration dévorante, celle de faire passer son âme dans les mots.

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Écrit par :  Pierre DUBRUNQUEZ

… *Poète et critique d'art né à Privas (Ardèche), Jacques Dupin partage avec quelques-unes des voix poétiques majeures de sa génération — Yves Bonnefoy, André du Bouchet avec qui il fonda en 1967 la revue L'Éphémère — le souci, très marquant aujourd'hui, de rendre l'expérience poétique à sa vocation ontologique. Salué dès son premier recueil… Lire la suite

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